Il m’est arrivé à plusieurs reprises de travailler en colla­bo­ra­tion avec France Travail, ex-Pôle Emploi, dans le cadre de mes recru­te­ments. Notamment en mettant en place des opéra­tions utili­sant la Méthode de Recrutement par Simulation, pour recru­ter du person­nel à des poste d’Assistant Laboratoire, d’Opérateur d’Usine, de Conducteur d’Engins, etc.

Créée en 1990 par Georges Lemoine alors Directeur dépar­te­men­tal de l’ANPE de Vienne, cette méthode est utili­sée prin­ci­pa­le­ment pour lutter contre le chômage et les discri­mi­na­tions. La MRS, appe­lée autre­fois « méthodes des habi­le­tés », bannit le CV au profit d’exercices ciblés afin d’embaucher des gens sur leurs apti­tudes et non plus sur leur profil. La méthode de recru­te­ment par simu­la­tion permet d’élargir les recherches de candi­dats en privi­lé­giant le repé­rage des capa­ci­tés néces­saires au poste de travail proposé. Elle sort donc des critères habi­tuels de recru­te­ment que sont l’expérience et le diplôme.

J’ai parti­cipé l’an dernier à une réunion dédiée au recru­te­ment dans les locaux d’une agence France Travail. Lors de cette réunion, l’un des conseillers à l’emploi de cette agence nous présenta les pers­pec­tives de l’emploi local, prin­ci­pa­le­ment dans les domaines du tourisme, de la restau­ra­tion et de la grande distri­bu­tion. Puis il montra une brochure récente de France Travail, avec en couver­ture une photo montrant deux personnes assises autour d’une table.

Tendant devant lui cette brochure, il dit alors d’un air dépité : « Bien sûr, un NOIR et une ARABE en photo ». Il insis­tait sur ces mots. J’ai été inter­lo­qué par des propos aussi décom­plexés pouvant paraître xéno­phobes ou racistes. Est-ce une façon conve­nable de s’ex­pri­mer quand on est conseiller à l’emploi ? J’en doute.

C’était peut-être, au mieux, les mots maladroits d’un « mâle blanc de plus de cinquante ans » s’in­sur­geant contre le wokisme ambiant. Mais de la part d’un conseiller France Travail, quelles que soient ses inten­tions, c’est à mon avis une faute de parler ainsi. Il aurait éven­tuel­le­ment pu le faire en dehors de son travail, dans un café, entouré de cama­rades de beuve­rie, mais pas dans une agence sensée défendre des prin­cipes de non-discri­mi­na­tion : un conseiller à l’emploi ne devrait pas dire ça.

Que cet agent France Travail carac­té­rise une personne en fonc­tion de sa couleur de peau ou de son origine ethnique présu­mée, c’est un problème. Poussons un peu plus loin le raison­ne­ment en imagi­nant que cette personne dise :  « Bien sûr, un JAUNE et un JUIF en photo ». Cela ne passe pas non plus, il y a un problème.

Informée des propos dépla­cés de cet agent, la Directrice de l’Agence a préféré défendre son subal­terne, esti­mant visi­ble­ment qu’il n’y avait là rien de déran­geant. Il me semble donc utile de rappe­ler quelles sont les missions fonda­men­tales de France Travail en matière de non-discrimination.

France Travail est le service public de l’emploi en France. Quelles sont les mesures et les actions mises en place par France Travail pour lutter contre le racisme et la xéno­pho­bie dans le domaine de l’emploi ?

France Travail (ex-Pôle emploi) joue un rôle impor­tant dans la préven­tion et la lutte contre les discri­mi­na­tions, y compris le racisme et la xéno­pho­bie, dans l’accès à l’emploi. Ses actions s’inscrivent à la fois dans le cadre légal fran­çais et dans des dispo­si­tifs concrets d’accompagnement, de sensi­bi­li­sa­tion et de contrôle.

Principales mesures et action mises en place

Voici les prin­ci­pales mesures et actions mises en place par France Travail en faveur de la non-discrimination :

1. Application du cadre légal anti-discrimination

France Travail agit d’abord comme garant du respect de la loi dans les recrutements :

  • Le Code du travail inter­dit toute discri­mi­na­tion fondée sur l’origine, la natio­na­lité ou l’appartenance suppo­sée à une « race ».
  • Toute déci­sion d’embauche doit repo­ser unique­ment sur des critères professionnels.

Concrètement, France Travail :

  • Veille à ce que les offres d’emploi diffu­sées respectent ces règles.
  • Peut refu­ser ou reti­rer une offre discriminatoire.
  • Sensibilise les employeurs à leurs obli­ga­tions légales.

2. Accompagnement et recours pour les victimes

France Travail informe et accom­pagne les deman­deurs d’emploi victimes de discrimination :

  • Information sur les droits et recours possibles (plainte, Défenseur des droits, etc.).
  • Accompagnement dans les démarches (consti­tu­tion de dossier, conseils juri­diques de base).
  • Orientation vers des orga­nismes spécialisés.

Objectif : ne pas lais­ser les discri­mi­na­tions sans réponse, sachant que beau­coup de victimes n’engagent pas de recours.

3. Sensibilisation des employeurs et promo­tion de l’égalité

France Travail mène des actions pour préve­nir les compor­te­ments discriminatoires :

  • Sensibilisation des recru­teurs aux biais (origine, nom, accent…).
  • Promotion de pratiques de recru­te­ment équi­tables (CV anonymes, critères objec­tifs, etc.).
  • Diffusion de guides et de bonnes pratiques.

Ces actions s’inscrivent dans une poli­tique globale d’égalité profes­sion­nelle et de diver­sité encou­ra­gée par l’État.

4. Formation à la non-discrimination

Le service public de l’emploi parti­cipe à la mise en œuvre de dispo­si­tifs de formation :

  • Formation des recru­teurs à la lutte contre les discri­mi­na­tions (obli­ga­toire dans certaines entreprises).
  • Formation des conseillers France Travail eux-mêmes pour repé­rer et préve­nir les discriminations.
  • Actions péda­go­giques auprès des entre­prises partenaires.

Cela vise à agir en amont, dès le proces­sus de recrutement.

5. Médiation et contrôle des pratiques de recrutement

France Travail peut inter­ve­nir dans la rela­tion entre candi­dats et employeurs :

  • Rôle de média­teur en cas de suspi­cion de discrimination.
  • Vigilance sur les pratiques des entre­prises partenaires.
  • Signalement de compor­te­ments discriminatoires.

6. Promotion de l’égalité des chances dans l’accès à l’emploi

Certaines actions ciblent indi­rec­te­ment le racisme et la xénophobie :

  • Accompagnement renforcé des publics expo­sés aux discri­mi­na­tions (jeunes, personnes issues de l’immigration, quar­tiers prioritaires).
  • Dispositifs d’insertion et de forma­tion pour réduire les inéga­li­tés d’accès à l’emploi.
  • Partenariats avec asso­cia­tions et acteurs locaux.

7. Actions de commu­ni­ca­tion et campagnes

France Travail parti­cipe ou relaie des campagnes nationales :

  • Lutte contre les discri­mi­na­tions à l’embauche.
  • Valorisation de la diver­sité en entreprise.
  • Information du grand public sur les droits.

En résumé, France Travail agit à plusieurs niveaux :

  • Prévention (sensi­bi­li­sa­tion, formation).
  • Contrôle (offres d’emploi, pratiques des recruteurs).
  • Accompagnement (aide aux victimes).
  • Promotion de l’égalité (inser­tion, diversité).

Cependant, malgré ces dispo­si­tifs, les discri­mi­na­tions raciales restent une réalité impor­tante dans l’emploi en France, ce qui montre que ces poli­tiques doivent être conti­nuel­le­ment renforcées.

Une mission de lutte contre le racisme et la xénophobie

France Travail, en tant que service public de l’emploi, joue un rôle essen­tiel dans la lutte contre le racisme et la xéno­pho­bie dans le domaine profes­sion­nel. Son action repose sur plusieurs axes complémentaires.

Tout d’abord, France Travail veille au respect du cadre légal qui inter­dit les discri­mi­na­tions à l’embauche, notam­ment celles fondées sur l’origine ou la natio­na­lité. À ce titre, l’organisme contrôle les offres d’emploi diffu­sées et peut refu­ser celles qui présentent un carac­tère discri­mi­na­toire. Ainsi, il contri­bue à garan­tir que les recru­te­ments reposent unique­ment sur les compé­tences des candidats.

Ensuite, France Travail accom­pagne les deman­deurs d’emploi victimes de discri­mi­na­tion. Il les informe sur leurs droits et les oriente vers des insti­tu­tions compé­tentes, comme le Défenseur des droits. Cet accom­pa­gne­ment vise à encou­ra­ger les victimes à faire valoir leurs droits et à lutter contre l’impunité des pratiques discriminatoires.

Par ailleurs, France Travail mène des actions de sensi­bi­li­sa­tion auprès des employeurs afin de préve­nir les compor­te­ments discri­mi­na­toires. Il encou­rage l’adoption de pratiques de recru­te­ment équi­tables et lutte contre les stéréo­types liés à l’origine ou à la natio­na­lité. Des actions de forma­tion sont égale­ment mises en place, tant pour les recru­teurs que pour les conseillers, afin de mieux repé­rer et préve­nir les discriminations.

En outre, l’organisme joue un rôle de média­tion entre candi­dats et employeurs en cas de litige, tout en surveillant les pratiques de recru­te­ment. Il parti­cipe égale­ment à la promo­tion de l’égalité des chances à travers des dispo­si­tifs d’accompagnement renforcé pour les publics les plus expo­sés aux discriminations.

Enfin, France Travail s’inscrit dans des campagnes de commu­ni­ca­tion visant à promou­voir la diver­sité et à sensi­bi­li­ser le grand public aux enjeux de la lutte contre le racisme et la xéno­pho­bie dans l’emploi.

En conclu­sion, France Travail agit à la fois en préven­tion, en contrôle et en accom­pa­gne­ment, ce qui en fait un acteur central dans la promo­tion de l’égalité et la lutte contre les discri­mi­na­tions dans le monde du travail. Mais on constate que même la fonc­tion publique n’échappe pas aux discri­mi­na­tions à l’embauche.

A lire sur le même sujet

Cet article de l’UFETAM (Union Fédérale Environnement Territoires Autoroutes Mer), mis à jour le 4 août 2025, montre que la fonc­tion publique n’échappe pas aux biais discri­mi­na­toires à l’embauche. L’article s’ap­puie sur le programme de testing DESPERADO V fina­lisé le 25 octobre 2024.

Les biais à l’embauche dans la fonc­tion publique

Les résul­tats du programme de testing DESPERADO V, présen­tés en session du CCFP (Conseil commun de la fonc­tion publique) le 10 juillet, révèlent des discri­mi­na­tions persis­tantes, notam­ment liées à l’origine et à l’âge.

Réalisé à la demande de la DGAFP (Direction géné­rale de l’administration et de la fonc­tion publique), le projet de recherche DESPERADO V repose sur une campagne de testing dans les trois versants de la fonc­tion publique et dans l’emploi privé afin de mesu­rer les discri­mi­na­tions à l’embauche en couvrant 4 critères de discri­mi­na­tions : l’âge, le sexe, l’origine et le lieu de résidence.

Fort d’une longue expé­rience du recru­te­ment dans des envi­ron­ne­ments multi­na­tio­naux, Job Alternative inter­vient aussi auprès des entre­prises et des orga­ni­sa­tions pour former le person­nel et promou­voir des prin­cipes et des pratiques en faveur de la non-discri­mi­na­tion à l’embauche. Contactez-nous pour tous besoins à ce sujet.

Fabien Perez