
Ce n’est pas la première fois que nous voyons des électeurs républicains soutenir un prédateur sexuel.
En 2018, le soutien indéfectible du Parti républicain à son candidat à la Cour suprême, Brett Kavanaugh, malgré toutes les accusations d’agression sexuelle portées contre lui et l’indignation publique suscitée par son audition de confirmation, aurait dû amener tout électeur à s’interroger sur les fondements moraux de l’establishment républicain. Ce ralliement à Kavanaugh ne se limite pas aux élites politiques, mais s’étend à l’ensemble des électeurs républicains.
Ce n’est pas la première fois que des électeurs républicains soutiennent un agresseur sexuel. En décembre 2017, le républicain Roy Moore, accusé de pédophilie, a recueilli près de la moitié des voix avant de s’incliner face à son adversaire démocrate lors de l’élection sénatoriale partielle en Alabama. En 2023, les preuves irréfutables des agissements sexuels de Donald Trump n’ont pas freiné son ascension politique vers la présidence. Alors, pourquoi certains électeurs choisissent-ils de soutenir des agresseurs sexuels et des pédophiles ?
Un aveuglement constant et un soutien assumé
La réponse la plus simple réside dans les penchants partisans. Lorsque la compétition politique est forte, la polarisation intense et la menace de perdre le pouvoir élevée, les électeurs sont prêts à soutenir aveuglément leurs collègues du même parti. Choisir de sanctionner leurs élus pour une mauvaise conduite pourrait compromettre le contrôle de leur parti sur les politiques futures. Le cas de Kavanaugh est très révélateur à cet égard. Si les électeurs républicains retirent leur soutien à un candidat conservateur intransigeant, ils risquent de perdre le contrôle de la Cour suprême.
Cette explication semble intuitivement séduisante, mais elle n’est pas complète. Kavanaugh n’est pas le seul candidat potentiel à bénéficier d’un fort soutien aux valeurs républicaines. D’autres pourraient occuper ce poste et offrir des résultats similaires aux électeurs conservateurs. Nommer un autre candidat n’est pas extrêmement coûteux pour l’establishment républicain ni pour le président, et pourrait même gagner le cœur de certains démocrates. Les électeurs républicains peuvent également faire pression sur leurs dirigeants pour manifester leur mécontentement vis-à-vis du candidat. Malgré l’existence d’alternatives répondant aux mêmes besoins partisans, rien d’imprévisible ne s’est produit et le processus s’est déroulé comme si les allégations d’agressions sexuelles n’avaient jamais été révélées.
En réalité, certains électeurs préfèrent des personnalités politiques comme Trump, Kavanaugh et Moore, même si d’autres options partisanes sont disponibles. Pourquoi ?
Des figures politiques influentes et autoritaires
Si un système est aussi restrictif et immuable, il faut un « bad boy » pour faire bouger les choses. Avec ses droits de veto et son système bipartite inadmissible, le système politique américain est rigide. Les règles et les obstacles sont si nombreux qu’il faut un « bad boy » pour vaincre ses rivaux et obtenir ce que l’on veut. Dans un tel contexte, les électeurs ont besoin de figures politiques influentes et autoritaires.
Pourtant, il est difficile pour l’électeur de distinguer le politicien « bad boy ». Pensez aux « bad boys » que vous avez croisés ou dont vous avez entendu parler au lycée, à l’université ou au travail. Ils ont plus ou moins un profil similaire : un homme sûr de lui, macho, se vantant d’avoir réussi à convaincre une fille de faire quelque chose qu’elle n’avait pas envie de faire la veille. Ces aventures sexuelles ne sont pas de simples ragots ; elles en disent long sur sa façon d’agir. Il obtient ce qu’il veut, même si les autres s’y opposent.
C’est ce type de politicien que certains électeurs apprécient. Ils ne se laissent pas freiner par les règles et les normes. Dans une société patriarcale et masculine, une aventure sexuelle est pour certains électeurs le signe prometteur que leur homme peut obtenir ce dont ils ont besoin des autres.
Un penchant pour les régimes dictatoriaux
Est-il vrai que les Américains apprécient un dirigeant autoritaire qui se moque des règles et bafoue le système de freins et contrepoids ? Des sondages représentatifs à l’échelle nationale permettent de répondre à cette question. Selon les données de l’Enquête mondiale sur les valeurs, un tiers des Américains estiment qu’avoir un dirigeant autoritaire qui n’a pas à se soucier des élections ni du Congrès est une « bonne » ou une « très bonne » idée.
Pour une démocratie établie, c’est choquant. À titre de comparaison, ce pourcentage est équivalent à celui observé en Algérie, en Éthiopie, au Rwanda, en Ouganda, au Yémen et en Égypte. Tous ces pays étaient des régimes dictatoriaux ou semi-dictatoriaux au moment du sondage.
Une part importante des Américains préfère un dirigeant autoritaire, un homme qui ne se soucie ni des règles ni de ce qui « devrait » être fait. À l’ère du politiquement correct et de l’activisme libéral croissant, un bon moyen de reconnaître un « vrai » leader est de se renseigner sur son passé et sur la façon dont il contourne les règles pour parvenir à ses fins. Malheureusement, d’un point de vue misogyne, apprendre comment un homme a soumis des femmes et les a forcées à se soumettre à sa volonté contre la leur est un indicateur de son potentiel de leadership dominateur et de sa capacité à exercer un pouvoir politique tyrannique.
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